> 21 janvier 2012
> Manal
Si Ali Baba avait aimé le cirque, sa caverne aurait sans doute ressemblé au musée privé du Docteur Alain Frère, maire de Tourrettes-Levens.
Ce dernier, médecin généraliste et premier édile dans sa petite ville à une quinzaine de kilomètres de Nice, voue depuis sa plus tendre enfance une passion au cirque. Elle lui a valu de se lier d’amitié avec les grandes familles propriétaires des cirques itinérants, de connaître les artistes et leurs numéros, de rencontrer le Prince Rainier III de Monaco, autre grand amateur de spectacles circassiens, avec lequel il a participé à la création, en 1974, du Festival de Cirque de Monte-Carlo, de renommée mondiale. Il est d’ailleurs resté associé à ce Festival, pour lequel, en tant que directeur artistique, il a couru le monde à la recherche de numéros et d’attractions exceptionnels.
Au fil des années, le docteur Frère a accumulé un véritable trésor d’objets liés au cirque, qu’il a entassés dans un musée personnel dans sa maison. Il y a là des affiches originales, dont la première à annoncer , en 1859, un spectacle au Cirque Napoléon, devenu le Cirque d’Hiver à Paris, ou une autre où figure, en petits caractères, la participation d’un jeune débutant, Charlie Chaplin. Il y a des costumes d’artistes, des clowns comme le célèbre Grock, ou des acrobates, comme Alfred Court, l’inventeur du trapèze volant, ou des maîtres écuyers, comme les Grüss, père et fils. Il y a des collections de statuettes, modernes ou anciennes, en bronze ou en plâtre, d’acrobates ou d’artistes. Il y a les dépouilles naturalisées de célèbres animaux de numéros de domptage, un lion blanc, un tigre,… Il y a les souvenirs des célèbres familles du monde du cirque, les Bouglione, les Zavatta, les Medrano, les Grüss,… Il y a la vaste maquette d’un cirque à trois pistes, avec sa tente, ses gradins pleins de spectateurs, ses roulottes, sa ménagerie. Il y a les archives de ce monde de la piste, les programmes de Barnum, les films de représentations,…
La science du Docteur Frère sur le sujet est époustouflante, tout comme sa passion. Il faut dire qu’il a connu personnellement la plupart des artistes et propriétaires de cirque du dernier demi-siècle. Ce sont eux qui lui ont souvent offerts les objets de son musée, quand il ne les a pas chinés dans ce qu’il qualifie lui-même de ‘passion dévorante’. Il faut le voir au milieu de ses collections, la chambrière de maître écuyer à la main, pointer tel ou tel souvenir et conter l’anecdote qui lui est attachée, le personnage qui lui est lié. Il est la mémoire vivante du cirque, pour lequel il a d’ailleurs obtenu la reconnaissance en tant que spectacle culturel en 1978.
Le caractère exceptionnel de ce musée privé, qui est intimement lié à la personnalité de son promoteur et collectionneur, ne peut qu’inciter à se poser la question de son avenir. Sa configuration actuelle ne permet que des visites privées en tout petit comité : c’est sans doute ce qui fait leur charme. Elle exclut cependant tout accès à un public plus vaste, quel qu’en soit l’intérêt.
Quel mécène, public ou privé, aura à cœur de s’entendre avec le Docteur Frère pour que ses remarquables collections soient exposées dans un cadre qui les mette en valeur et constitue aussi un hommage à ce collectionneur hors pair?

Bas-relief clowns Dario-Bario Cirque Medrano de Paris-© 2011 Alain Frère