‘Dreyfus’ : création mondiale à l’Opéra de Nice  - 18/05/14 - Nice

>17 mai 2014

>Manal

 

‘Dreyfus’ : création mondiale à l’Opéra de Nice

 

 

L’œuvre de Michel Legrand sur un livret de Didier Van Cauwelaert a été présentée hier soir, 16 mai 2014,  en création mondiale à l’Opéra de Nice.

 

Cet ‘opéra populaire’ relate en musique l’Affaire Dreyfus, qui a agité la France dans les dernières années du 19ème siècle. On en trouvera ci-dessous les tenants et aboutissants.

 

 

L’affaire Dreyfus

 

La guerre franco-prussienne de 1870-71 s’est terminée pour la France par une défaite militaire, la chute du Second Empire et la perte de l’Alsace-Lorraine. L’opinion publique cherche des causes et des responsables et, sous l’impulsion de polémistes antisémites comme Drummond, accuse bientôt ‘le Juif apatride’.

L’Armée française prépare la revanche avec l’étude d’un nouveau modèle de canon (de ‘75’). Le Général Mercier, Ministre de la Guerre, veut gagner du temps en organisant une ‘fuite’ d’informations relatives à des améliorations sur l’ancien modèle de canon (de ‘120’). Fernand Esterhazy,  officier dévoyé, faux comte et vrai truand, propriétaire de maison close, s’empresse d’essayer de les vendre à l’attaché militaire allemand Schwarzkoppen.

Ce dernier néglige l’offre, mais un bordereau non signé est récupéré dans sa corbeille à papier par une femme de ménage, qui le transmet aux services de renseignement français.

Il semble manifeste que le traître doit être à l’Etat-Major de l’Artillerie : ce sera le capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien, officier d’élite, dont la famille alsacienne a choisi la France au moment de l’annexion prussienne : ‘un Juif, ce sera crédible comme traître’. Accusé, il refuse de se défendre pour ne pas mettre en cause l’honneur de l’Armée.

Sur la base de fausses preuves élaborées par le Commandant Henry et couvertes par le secret militaire,  un Conseil de Guerre le condamne à la dégradation et à la déportation à vie à l’Ile du Diable, en Guyane.

Mais en France, des doutes subsistent sur sa culpabilité. Le colonel Picquart refait l’enquête et découvre le vrai coupable. La justice militaire refuse de se dédire. Un article retentissant d‘Emile Zola dans l’Aurore,  ‘J’accuse’, demande la levée du secret militaire et le recours aux juridictions civiles. L’opinion publique se déchire entre ‘Dreyfusards’ et ‘Anti-dreyfusards’.

In fine, Dreyfus sera réhabilité, réintégré dans son grade, mais sa carrière est brisée.

L’Affaire Dreyfus reste cependant emblématique de l’opposition entre la raison d’Etat et les droits de l’homme, du citoyen, du justiciable, et aussi du rejet de l’antisémitisme.

 

 

La genèse de l’œuvre

 

Le spectacle ‘Dreyfus’ est le résultat d’une collaboration fructueuse entre un musicien de réputation internationale, Michel Legrand, un romancier talentueux, Didier Van Cauwelaert, et un metteur en scène expérimenté, Daniel Benoin. Ces protagonistes ont déjà travaillé ensemble : ainsi, la pièce ‘Le Rattachement’ écrite sur commande par Van Cauwelaert à l’occasion des commémorations du rattachement de Nice à la France, avait déjà été mise en scène et en lumière par Daniel Benoin ; et Michel Legrand avait été associé à Van Cauwelaert pour l’adaptation en ‘comédie musicale française’ à succès du ‘Passe-Muraille’, nouvelle de Marcel Aymé.

 

Ce dernier spectacle avait été joué à l’Opéra Royal de Wallonie à Liège, alors dirigé par Jean-Louis Grinda, qui avait suggéré l’idée d’une œuvre consacrée à l’Affaire Dreyfus, un sujet porteur en ces temps de recrudescence de tensions racistes. Mais entretemps, Grinda a pris la direction de l’Opéra de Monte-Carlo  et son successeur à Liège a refusé le sujet, qui a été repris à Nice.

 

 

Le spectacle

 

La première s’est jouée devant une salle comble. On  annonce déjà que les seize représentations prévues à Nice se donneront à guichets fermés. Le spectacle se jouera ensuite à Paris.

 

La première impression est musicale : l’ouverture est enlevée par les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Nice, sous la direction de Jérôme Pillement, et c’est tout de suite ‘du Legrand’ : des mélodies, du rythme, une superbe orchestration, la part belle aux percussions, tout y est. Quelques uns des airs, très prenants, devraient avoir un beau succès.

 

La seconde impression est visuelle, avec l’époustouflante mise en scène concoctée par Daniel Benoin avec ses acolytes, Jean-Pierre Laporte pour le décor et Paulo Correia pour la vidéo. Le rideau se lève sur un écran qui occupe tout l’espace de scène. Cet écran cache des ‘cases’ qui correspondent aux différents lieux de l’action (bureau du Ministre de la Guerre, appartement de Dreyfus, maison de passe d’Esterhazy, bureau de l’attaché militaire allemand, cachot de l’Ile du Diable) et qui s’ouvrent au fur et à mesure que l’action avance. En outre, des projections de photos sur  l’écran situent  le lieu (façade du Ministère de la Guerre, d’un immeuble haussmannien, de l’Ambassade d’Allemagne, palmiers tropicaux), tandis que les éclairages concentrent l’attention sur le lieu de l’action.

A noter la présence constante et un peu incongrue à l’avant-scène d’un personnage qui écrit à sa petite table : Emile Zola qui prépare son article vengeur.

 

Troisième impression sur le livret de Didier Van Cauwelaert. Ce dernier s’est exprimé sur le parti qu’il a pris d’aborder le sujet sous l’angle d’Esterhazy, le vrai traître, au courant des ramifications de l’Affaire. Le texte est superbe, une prose poétique qui chante l’histoire et qui présente les événements dans leur vérité historique. Toute l’œuvre est chantée d’un bout à l’autre, avec plus de 50 arias, et sans aucune de ces transitions parlées propres à l’opéra.

C’est aussi là que surgit une difficulté : les paroles du texte s’accordent avec difficulté sur la musique syncopée de Michel Legrand, les ruptures de phrase sont constantes, la compréhension est difficile. Heureusement qu’il y a des surtitres !

 

Le choix des interprètes a dû être difficile : il fallait avant tout des comédiens qui sachent chanter. Du coup, certaines voix sont un peu légères. Mais il y a des moments de bonheur, comme les dialogues chantés entre Dreyfus et son épouse, qui remplacent la correspondance interdite.

 

A noter aussi la part importante que prennent les chœurs de l’Opéra à l’action , que ce soit dans les foules qui manifestent pour ou contre Dreyfus, ou mieux encore,  quand les jeunes choristes apparaissent comme pensionnaires de la maison close tenue par Esterhazy.

 

Il y a aussi l’un ou l’autre bémol : ainsi, le personnage d’Esterhazy insiste à outrance sur son caractère de ‘voyou’ : il est en permanence décoiffé, la veste déboutonnée, vaguement titubant. Cette interprétation constitue en soi une invraisemblance : dans les mœurs de l’époque, jamais un officier français, si déclassé soit-il, n’aurait rendu visite à l’attaché militaire allemand dans une tenu aussi débraillée.

 

Cette comédie musicale très enlevée et animée a été fort applaudie. Tous les éléments sont réunis pour qu’elle accède à un beau succès : une musique prenante, un texte éloquent, une mise en scène exceptionnelle et un sujet dans l’air du temps avec son manifeste antiraciste.

 

MAI, à l'Opéra

vendredi 16 /20h, samedi 17 /20h, dimanche 18 1/5h, mardi 20 /20h,

mercredi 21 /20h, mardi 27 /20h, mercredi 28 /20h, jeudi 29 /20h,

vendredi 30 /20h, samedi 31 /20h

 

JUIN, à l'Opéra

dimanche 1er /15h, mardi 3 /20h, mercredi 4 /20h, vendredi 6 /20h

 

 

Renseignements & Réservations

Opéra de Nice

T +33(0)4 92 17 40 79

Théâtre National de Nice

T+33 (0)4 93 13 90 90

 

Réservations en ligne

Opéra Nice Côte d'Azur

Théâtre National de Nice

 

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Le Rattachement de Didier Van Cauwelaert

 

 

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