Château Sainte Roseline : grandeurs et petitesses  - 25/07/17 - Var
>25 juillet 2017
>Manal
 
Château Sainte Roseline : grandeurs et petitesses
 
Propriété viticole prestigieuse de Provence, le Château Sainte Roseline est à la fois un site classé et un cru classé. Le domaine est l’héritier de l’abbaye de la Celle-Roubaud, fondée sur un ermitage du Xème siècle, et dont Roseline, fille du marquis de Villeneuve, seigneur des Arcs, fut prieure de 1300 à 1329. Exhumée cinq ans après sa mort, elle fut retrouvée intacte et elle est conservée, jusqu’à nos jours, dans une châsse de cristal dans la chapelle du domaine. Elle fut d’ailleurs canonisée au XIXème siècle.
 
Le domaine viticole fut développé au XIVème siècle à l’instigation de Jacques Duèze, évêque de Fréjus, élu plus tard pape sous le nom de Jean XXII, le premier des papes d’Avignon. Il comporte actuellement un château, un cloître du XIIème siècle, la chapelle déjà mentionnée, de belles allées de platanes séculaires, et quelque 108 hectares, qui ont obtenu en 1955 la distinction de ‘Cru Classé’. S’y adjoint également le château des Demoiselles, avec ses 300 hectares, dont 70 hectares de vignes.
 
La tradition viticole s’y est maintenue au travers des divers propriétaires successifs, dont Henri de Rasque de Laval, premier président du Syndicat des Vignerons du Var, puis Bernard Tillaud, qui entreprit en 1994 une rénovation des bâtiments avec l’aide de l’architecte Jean-Michel Wilmotte, et enfin sa fille, Aurélie Bertin Tillaud, toujours à la barre.
 
Produire du bon vin ne suffit pas : encore faut-il le faire connaître pour le vendre. Le domaine dispose donc d’un caveau de dégustation somptueux et organise diverses manifestations, comme des Noëls au château, des journées des vendanges, et, en été, des concerts en soirée.
 
Lors d’un de ces récents événements, le programme annonçait : dégustation à 18h30, concert à 19h, dîner sous les platanes à 20h30. A la suite de la dégustation d’UN verre de vin blanc, fort bon au demeurant, tentative d’achat de plusieurs caisses de vin (rosé et blanc) dans le caveau. Les quatre employés et employées, fort occupés à emballer des verres dans des cartons à alvéoles, se sont bornés à pointer du doigt les placards indiquant des tarifs. Quant à obtenir une explication sur les cépages, passez musette. Nous avons autre chose à faire… En dépit de plusieurs essais pour attirer leur attention, il a fallu renoncer à l’achat pour passer au concert.
 
Peu de commentaires à son égard : la vaste salle à voûte bétonnée est sans doute parfaite pour des réceptions, mais son acoustique donne une étrange résonnance aux instruments. Ainsi, le violon du XVIIIème siècle dont jouait, paraît-il, la soliste sonnait comme un crin crin, en dépit de sa virtuosité. Quant au programme, eu égard à la présence d’un corniste, il était évidemment consacré aux rares partitions pour cet instrument : c’est un choix comme un autre.
 
Mais le plus beau restait à venir : le dîner sous les platanes. Le couvert était mis sur de vastes tables pour dix convives. Dans un coin, une zone cachée par des sortes de bâches grises. A notre table, un groupe très divers, représentatif des touristes et résidents cultivés de l’été : trois Français, quatre Belges, une Américaine, deux Finlandais. Sur la table, une bouteille de vin rouge et une bouteille de vin rosé du domaine, et une bouteille d’eau. En attendant les plats, les convives se servent, avec une préférence pour le vin rouge.
 
Un des convives fait remarquer : ‘Tiens, c’est comme au collège ou à ‘l’armée’. Le personnel apporte en effet derrière les bâches de grandes casseroles de collectivités. Chacune reçoit une petite écuelle de soupe avec une sorte de julienne de légumes, dans laquelle flotte une espèce de saucisse pâle et informe. En guise de consolation, une autre bouteille de vin rouge est demandée : ‘ah non, ce n’est pas prévu’.
 
Le personnel propose de resservir, les convives déclinent : comme entrée, c’est plus qu’assez. Or, voilà le hic : ce n’est pas une entrée, c’est le plat principal ! Suivra encore une coupelle avec une île flottante à la crème anglaise industrielle. Et c’est fini. Le tout est carrément minable, insipide et mesquin.
 
On notera que des délices étaient facturés €27, alors qu’un repas complet (entrée, plat, dessert) coûte entre €20 et €30 (souvent avec un verre de vin) dans un restaurant de quartier à Nice, Cannes, ou même à Monaco. C’est dire si le plaisir de dîner dans le cadre du jardin de Sainte-Roseline est un privilège coûteux…et décevant, surtout quand il s’agit de cuisine à peine digne d’une cantine au rabais.
 
On ne peut qu’inciter les dirigeants du domaine à mieux mettre en adéquation ses prestations annexes: sa grandeur, son prestige et son histoire ne consolent pas de cette médiocrité. Sainte Roseline a dû encore en pleurer quelques larmes…
 
 
© Photos Château Sainte Roseline
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